Expatriation et retraite : vos droits pays par pays

Vos années à l'étranger comptent-elles pour votre retraite française ?

Tout dépend du pays où vous avez travaillé. Pour la retraite française, il existe trois situations bien distinctes : les pays couverts par la coordination européenne, les pays liés à la France par une convention bilatérale de sécurité sociale, et les pays sans aucun accord. Dans les deux premiers cas, vos périodes à l’étranger sont prises en compte pour ouvrir vos droits et calculer votre pension. Dans le troisième, elles ne comptent pas, sauf si vous avez cotisé volontairement ou racheté ces années.

La coordination européenne : le régime le plus protecteur

Les règlements européens de coordination de sécurité sociale s’appliquent dans les 27 États membres de l’Union européenne, dans l’Espace économique européen (Islande, Liechtenstein, Norvège) et en Suisse. Le principe est simple : toutes vos périodes d’assurance sont additionnées (on parle de totalisation) pour déterminer si vous remplissez les conditions d’ouverture des droits, et chaque pays verse ensuite la part de pension correspondant aux années cotisées chez lui. Vous déposez une seule demande, auprès de la caisse de votre pays de résidence, qui la transmet aux autres États.

Et le Royaume-Uni ? Le Brexit n’a pas fait disparaître vos droits. Les périodes travaillées outre-Manche avant le 31 décembre 2020 restent couvertes par l’accord de retrait, et celles postérieures au 1er janvier 2021 le sont par le protocole de coordination de l’accord de commerce et de coopération. Dans les deux cas, les périodes britanniques continuent d’être prises en compte pour l’ouverture et le calcul de votre retraite française.

Les conventions bilatérales : une protection au cas par cas

En dehors de l’Europe, la France a signé des conventions bilatérales de sécurité sociale avec plus de quarante États et territoires (liste complète ci-dessous). Chaque convention est différente, mais la plupart prévoient la totalisation des périodes pour l’ouverture des droits et le calcul de la retraite de base, ainsi que le versement de la pension quel que soit votre pays de résidence.

Deux points de vigilance. D’abord, les conventions couvrent en général la retraite de base : votre complémentaire Agirc-Arrco n’est acquise que si des cotisations ont réellement été versées (détachement, extension territoriale ou adhésion à la CRE / IRCAFEX). Ensuite, certaines conventions ne concernent que les salariés, ou excluent certaines catégories de travailleurs : il faut lire le texte applicable à votre situation, ce que nous faisons systématiquement dans le bilan retraite.

Sans convention : des années qui ne comptent pas, sauf anticipation

Chine, Australie, Émirats arabes unis, Singapour, Thaïlande, Vietnam, Mexique, Afrique du Sud, Russie… : avec ces pays, il n’existe aucun accord de coordination. Les années que vous y avez travaillées ne sont pas prises en compte par la France, ni pour le nombre de trimestres, ni pour le montant de la pension. Vous pouvez éventuellement percevoir une retraite locale, selon les règles du pays concerné, mais elle ne se coordonne pas avec la vôtre.

Deux leviers existent : cotiser volontairement à la Caisse des Français de l’Étranger (CFE) pendant l’expatriation, ce qui vous fait acquérir des droits exactement comme en France, ou, une fois rentré, racheter ces périodes dans un délai de dix ans après la fin de l’activité à l’étranger. Passé ce délai, ces années sont définitivement perdues pour la retraite française.

Liste des pays : coordination européenne et conventions bilatérales

Pays couverts par la coordination européenne

Union européenne (27) : Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Chypre, Croatie, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, Grèce, Hongrie, Irlande, Italie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République tchèque, Roumanie, Slovaquie, Slovénie, Suède, ainsi que la France.

Espace économique européen : Islande, Liechtenstein, Norvège. Suisse (accord sur la libre circulation des personnes). Royaume-Uni (accord de retrait et protocole de coordination post-Brexit).

Pays et territoires liés à la France par une convention bilatérale de sécurité sociale

Afrique

  • Algérie
  • Bénin
  • Cameroun
  • Cap-Vert
  • Congo
  • Côte d’Ivoire
  • Gabon
  • Madagascar
  • Mali
  • Maroc
  • Mauritanie
  • Niger
  • Sénégal
  • Togo
  • Tunisie

Amériques

  • Argentine
  • Brésil
  • Canada
  • Québec (accord spécifique)
  • Chili
  • États-Unis
  • Uruguay

Asie et Moyen-Orient

  • Corée du Sud
  • Inde
  • Israël
  • Japon
  • Philippines
  • Turquie

Europe hors UE et territoires

  • Andorre
  • Bosnie-Herzégovine
  • Guernesey
  • Jersey
  • Kosovo
  • Macédoine du Nord
  • Monaco
  • Monténégro
  • Saint-Marin
  • Serbie
  • Mayotte, Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Saint-Pierre-et-Miquelon (accords de coordination avec les collectivités)

Liste établie au 4 septembre 2026 d’après le CLEISS (Centre des liaisons européennes et internationales de sécurité sociale). Deux conventions ont été signées mais ne sont pas encore entrées en vigueur : la Chine (signée en 2016) et la Moldavie (signée en 2025). Tant qu’elles ne sont pas en vigueur, les périodes travaillées dans ces pays ne sont pas prises en compte.

Totalisation et proratisation : comment la France calcule votre pension

Lorsqu’un accord s’applique (coordination européenne ou convention bilatérale), la caisse française procède en deux temps.

1. La totalisation. Elle additionne vos trimestres français et vos périodes étrangères pour vérifier si vous atteignez la durée d’assurance requise pour le taux plein. Vos années à l’étranger servent donc à réduire, voire à supprimer, la décote.

2. La proratisation. Elle calcule une pension théorique, comme si toute votre carrière s’était déroulée en France, puis ne vous en verse que la fraction correspondant à vos trimestres réellement cotisés en France. L’autre pays verse de son côté sa propre pension, selon ses règles.

Un exemple. Marc a cotisé 120 trimestres en France et 40 trimestres au Canada. Sans convention, la France ne retiendrait que 120 trimestres, avec une décote importante. Grâce à la convention franco-canadienne, elle retient 160 trimestres pour déterminer son taux, calcule la pension théorique correspondante, puis lui verse 120/160e, soit 75 % de cette pension théorique. Le Canada lui verse ensuite la pension correspondant à ses 40 trimestres canadiens. Au total, Marc perçoit nettement plus que s’il avait été considéré comme ayant 120 trimestres seulement.

La caisse compare toujours ce calcul coordonné avec le calcul « national » (sans les périodes étrangères) et retient le montant le plus favorable. Encore faut-il que vos périodes étrangères aient été correctement déclarées et justifiées : c’est précisément ce que nous vérifions dans le bilan retraite.

Salarié détaché ou expatrié : les critères à connaître

Dans le cadre du bilan retraite, réalisez une évaluation approfondie de l’intérêt d’une cotisation à la CFE et sa complémentaire CRE IRCAFEX.  Menez des études comparatives afin de prendre des décisions éclairées et optimisées pour votre situation.

Est considéré comme salarié expatrié le salarié employé :

  • soit par une entreprise qui n’a pas opté pour le détachement ;
  • soit directement par une entreprise étrangère ;
  • soit pour une durée de mission prévue excédant les limites autorisées pour le détachement ;
  • soit pour une mission prolongée au-delà d’une durée permettant son maintien dans le régime français de sécurité sociale.

L’expatrié peut maintenir son affiliation aux régimes de retraite complémentaire à la condition qu’une extension territoriale du champ d’application de ces régimes soit demandée par l’entreprise ou à titre individuel auprès de la caisse de retraite pour la France et l’extérieur (CRE) et/ou à l’institution de retraite des cadres et assimilés de France et de l’extérieur (IRCAFEX).

Retraite et détachement des salariés français à l'étranger

Les salariés détachés dans un pays étranger ou un territoire d’outre-mer par une entreprise établie en France Métropolitaine ou dans les DOM restent obligatoirement affiliés aux caisses de retraite de l’AGIRC & ARRCO.

Conseil retraite : Que faut-il savoir sur le détachement ?

Conditions nécessaires au détachement:

  • être titulaire d’un contrat de travail établi en France:
  • être envoyé temporairement à l’étranger:
  • conserver le bénéfice du régime général français de sécurité sociale;
  • continuer de percevoir sa rémunération de l’employeur qui l’a détaché, pendant le temps de sa mission.

Le code de la sécurité sociale distingue deux formes de détachement:

  • le détachement prévu par un règlement international;
  • le détachement prévu par une disposition d’ordre interne.

 

Bon à savoir

La durée de maintien au régime français est soit prévue par le règlement, soit d’une durée maximale de 3 ans (renouvelable une fois).

Au-delà, la personne en mission est affiliée au régime vieillesse de l’État sur le territoire où elle exerce son activité.

Préserver ou reconstituer vos droits : CFE, CRE-IRCAFEX et rachat

La CFE : continuer à cotiser comme en France

La Caisse des Français de l’Étranger permet aux expatriés de cotiser volontairement à l’assurance vieillesse française. Les cotisations sont reversées au régime général, et vous acquérez des trimestres et un salaire de référence exactement comme si vous travailliez en France, quel que soit votre pays d’expatriation.

Pour adhérer, il faut remplir l’une de ces trois conditions : avoir cotisé au moins 6 mois à un régime obligatoire français avant le départ (sans interruption de plus de 6 mois), ou avoir été affilié au moins 5 ans à l’assurance maladie française, ou être né en France. La cotisation est calculée sur une base de salaire choisie à l’adhésion.

La CFE ne couvre que la retraite de base. Pour la complémentaire, il faut adhérer séparément à la CRE (non-cadres) et à l’IRCAFEX (cadres), gérées par Malakoff Humanis, à titre individuel ou par l’intermédiaire de votre employeur.

Le rachat des années passées à l’étranger

Si vous n’avez pas cotisé pendant votre expatriation dans un pays sans convention, vous pouvez racheter ces périodes auprès de votre caisse de retraite, à deux conditions : avoir été affilié au moins 5 ans à l’assurance maladie française au cours de votre vie, et déposer la demande dans les 10 ans qui suivent le dernier jour de l’activité à l’étranger.

Le coût dépend de votre âge, de vos revenus des trois dernières années et de l’option retenue (taux seul, ou taux et durée d’assurance). En 2024, il s’échelonnait entre 1 055 € et 6 684 € par trimestre. Ce rachat n’est pas toujours rentable : il faut le comparer au gain réel sur la pension, ce que nous chiffrons dans le bilan.

Bon à savoir

Le délai de 10 ans pour racheter des périodes travaillées à l’étranger court à partir du dernier jour d’activité hors de France, et non de votre retour. Beaucoup d’expatriés le découvrent trop tard : si vous êtes rentré depuis plusieurs années, faites le point sans attendre.

Questions fréquentes sur la retraite des expatriés

Pas pour l’instant. La France et la Chine ont signé une convention de sécurité sociale en 2016, mais elle n’est toujours pas entrée en vigueur. Tant que ce n’est pas le cas, vos années chinoises ne sont pas prises en compte par la France : elles ne vous donnent ni trimestres, ni salaire de référence. Si vous êtes encore sur place, la cotisation volontaire à la CFE est la solution la plus sûre ; si vous êtes rentré depuis moins de 10 ans, le rachat de ces périodes reste possible.

Oui. Les périodes travaillées au Royaume-Uni avant le 31 décembre 2020 sont protégées par l’accord de retrait, qui maintient l’application des règlements européens. Celles postérieures au 1er janvier 2021 relèvent du protocole de coordination de sécurité sociale annexé à l’accord de commerce et de coopération. Dans les deux cas, vos périodes britanniques sont totalisées avec vos périodes françaises pour l’ouverture et le calcul de vos droits, et la pension britannique vous est versée en France.

En principe, non. Le rachat des périodes d’activité à l’étranger doit être demandé dans les 10 ans qui suivent le dernier jour de cette activité. Passé ce délai, ces années sont perdues pour la retraite française. Il reste toutefois possible, sous conditions, de racheter des trimestres au titre du dispositif classique (années d’études supérieures ou années incomplètes), et de vérifier que toutes vos périodes en pays conventionnés ont bien été comptabilisées : c’est souvent là que se trouvent les trimestres manquants.

Non, si vos pays relèvent de la coordination européenne ou d’une convention bilatérale : vous déposez une seule demande auprès de la caisse de votre pays de résidence, qui la transmet aux organismes étrangers concernés. Chaque pays instruit ensuite votre dossier et vous verse sa part. Pour un pays sans convention, en revanche, il faut s’adresser directement à l’organisme local, selon ses propres règles et délais.

Seulement si des cotisations ont été versées. Les conventions et les règlements européens portent essentiellement sur la retraite de base. Vos droits Agirc-Arrco pendant une période à l’étranger n’existent que si vous étiez détaché (maintien obligatoire), si votre employeur a demandé une extension territoriale, ou si vous avez adhéré à la CRE (non-cadres) ou à l’IRCAFEX (cadres). Sans cela, la complémentaire ne compte aucun point pour ces années.

Consultez votre relevé de carrière sur info-retraite.fr ou lassuranceretraite.fr. Les périodes étrangères n’y figurent souvent pas tant que vous ne les avez pas déclarées : le service « Corriger ma carrière » permet de signaler vos périodes d’expatriation, et les caisses interrogent ensuite les organismes étrangers. Dans le bilan retraite, nous reconstituons ces périodes avec vous, vérifions la convention applicable et chiffrons leur effet réel sur votre date de départ et votre pension.

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