Retraite des fonctionnaires :
calcul, catégorie active, RAFP et départs anticipés
Une pension calculée sur six mois, mais construite sur toute une carrière
La retraite d’un fonctionnaire est réputée simple : 75 % du traitement indiciaire des six derniers mois pour une carrière complète. Dans les faits, ce taux n’est atteint que si la durée de services et de bonifications est complète, la décote peut retirer jusqu’à 25 % de la pension, les primes (souvent 20 à 30 % de la rémunération) n’entrent pas dans le calcul, et un passage par le privé, un temps partiel, un congé parental ou un détachement changent tout. La suspension de la réforme votée fin 2025 modifie en outre les âges et durées de plusieurs générations.
Agents de l’État, territoriaux, hospitaliers, militaires, enseignants, contractuels devenus titulaires : nous reconstituons vos services, vos bonifications, vos périodes hors fonction publique et votre RAFP, puis nous chiffrons la meilleure date de départ. C’est l’objet du bilan retraite.
Comprendre votre retraite de fonctionnaire, point par point
Quatre onglets : la formule de calcul, les départs anticipés et catégories actives, la RAFP et les primes, puis les carrières mixtes public-privé.
La formule
Pension = traitement indiciaire brut × 75 % × (trimestres de services + bonifications) ÷ durée requise. Le traitement retenu est celui de l’indice détenu depuis au moins six mois au moment du départ, hors primes, hors nouvelle bonification indiciaire (qui donne lieu à un supplément séparé). La durée requise est celle de votre génération : 169 trimestres (1961-1962), 170 (1963-1964 et début 1965), 171 (fin 1965), 172 à partir de 1966, dans l’attente de la reprise de la réforme au 1er janvier 2028.
Décote et surcote
Si votre durée d’assurance tous régimes est inférieure à la durée requise, une décote de 1,25 % par trimestre manquant s’applique, dans la limite de 20 trimestres (−25 %), calculée sur le plus petit des deux écarts : trimestres manquants pour la durée, ou pour atteindre l’âge d’annulation de la décote (67 ans pour les sédentaires, plus tôt pour les catégories actives). À l’inverse, chaque trimestre travaillé au-delà de l’âge légal et de la durée requise rapporte une surcote de 1,25 %, sans plafond.
Âge légal et durée
Les fonctionnaires sédentaires relèvent des mêmes âges que le privé : 62 ans et 9 mois pour les générations 1963-1964, 63 ans pour 1965, 63 ans et 3 mois pour 1966, 63 ans et 6 mois pour 1967, 63 ans et 9 mois pour 1968, puis 64 ans à la reprise de la réforme. Une condition de deux ans de services est nécessaire pour avoir droit à une pension de fonctionnaire ; en dessous, vous êtes rétabli au régime général et à l’Ircantec.
Minimum garanti et majorations
Le minimum garanti assure un plancher de pension aux carrières complètes à bas indice (de l’ordre de 1 300 à 1 350 € brut par mois en 2026 pour 40 ans de services), sous condition de taux plein. La majoration pour trois enfants ajoute 10 % à la pension, plus 5 % par enfant au-delà, dans la limite du traitement. Les temps partiels sont comptés pour la durée d’assurance à temps plein, mais au prorata pour la liquidation, sauf surcotisation.
Catégorie active : un départ plus tôt, à conditions
Les emplois classés en catégorie active (aides-soignants, infirmiers restés en catégorie B, policiers, surveillants pénitentiaires, sapeurs-pompiers, égoutiers, contrôleurs aériens, certains agents territoriaux…) ouvrent droit à un départ anticipé, dès 57 ans pour la plupart et 52 ans pour les emplois « super-actifs » (police, pénitentiaire, contrôle aérien), sous réserve d’une durée minimale de services actifs de 17 ans (27 ans pour les super-actifs). La réforme de 2023 relève ces âges de deux ans à terme ; la suspension votée fin 2025 les fige pour les générations concernées. La réforme a aussi introduit la portabilité : les services actifs accomplis restent acquis même si vous changez ensuite d’emploi.
Les autres départs anticipés
- Carrière longue : dès 58 à 63 ans selon l’âge de début d’activité, en trimestres cotisés (services et périodes assimilées plafonnées).
- Handicap : dès 55 ans avec un taux d’incapacité d’au moins 50 % pendant la durée requise.
- Invalidité : retraite pour invalidité sans condition d’âge ni de durée, calculée sur les services accomplis, avec un plancher de 50 % du traitement en cas d’invalidité imputable au service.
- Parents de trois enfants : le départ anticipé après 15 ans de services est fermé depuis 2012, mais reste acquis à ceux qui remplissaient les conditions avant le 1er janvier 2012 (droit « cristallisé », avec des règles de calcul défavorables à vérifier).
- Militaires : liquidation immédiate après 17 ans (non-officiers) ou 27 ans (officiers) de services, avec bonifications spécifiques.
Retraite progressive dans la fonction publique
Ouverte aux fonctionnaires depuis septembre 2023, elle permet dès 60 ans avec 150 trimestres de passer à temps partiel (50 à 90 %) en percevant la fraction correspondante de sa pension, tout en continuant à cotiser. Voir retraite progressive.
La RAFP : la seule retraite sur les primes
Créée en 2005, la retraite additionnelle de la fonction publique est un régime par points alimenté par une cotisation de 10 % (5 % agent, 5 % employeur) sur les primes, indemnités, heures supplémentaires et avantages en nature, dans la limite de 20 % du traitement indiciaire. Les points sont convertis en rente à la liquidation (ou en capital si la rente est inférieure à un seuil). Un cadre avec 30 % de primes ne voit donc que les deux tiers de celles-ci cotiser, à un rendement modeste : la RAFP représente en général 3 à 6 % de la pension totale. Les points sont consultables sur rafp.fr et sur info-retraite.fr ; les oublis d’employeurs sont fréquents pour les agents ayant changé d’administration.
Les bonifications
Trimestres gratuits ajoutés aux services pour le calcul de la pension : 4 trimestres par enfant né ou adopté avant 2004 (sous condition d’interruption ou de réduction d’activité de deux mois), services hors d’Europe (dépaysement), campagnes militaires, services aériens et sous-marins, bonification du cinquième pour les policiers, pompiers et surveillants pénitentiaires. Elles permettent de dépasser 75 % jusqu’à 80 % du traitement. Pour les enfants nés après 2004, la majoration n’est que de 2 trimestres et ne compte que pour la durée d’assurance, pas pour la liquidation.
Les périodes à vérifier sur votre état de services
- Années de stagiaire, de contractuel validées ou non (la validation des services de non-titulaire est fermée depuis 2015, sauf demande déposée avant).
- Congé parental, disponibilité pour élever un enfant : prise en compte gratuite dans la limite de trois ans par enfant né après 2004.
- Temps partiel : surcotisation éventuelle, prise en compte à temps plein pour la durée d’assurance.
- Détachement, mise à disposition, disponibilité : cotisations parfois versées à un autre régime.
- Service national : compté pour les services si effectué après l’entrée dans la fonction publique, sinon en durée d’assurance.
Deux régimes, deux calculs, une seule durée
Un fonctionnaire qui a travaillé dans le privé (avant sa titularisation, pendant une disponibilité ou après une démission) est polypensionné : le régime général calcule sa part sur les 25 meilleures années et l’Agirc-Arrco sur ses points, la fonction publique sur le traitement des six derniers mois. Mais la durée d’assurance tous régimes est commune : ce sont les trimestres du privé qui, ajoutés aux services, permettent d’éviter la décote de la pension publique. Un trimestre oublié sur le relevé Cnav coûte donc 1,25 % de la pension de fonctionnaire, en plus de sa propre valeur.
Moins de deux ans de services
Un fonctionnaire radié des cadres avec moins de deux ans de services (démission, licenciement, changement de statut) est rétabli rétroactivement au régime général et à l’Ircantec : ses cotisations sont transférées et ses droits recalculés selon les règles du privé. Les points Ircantec ainsi créés sont souvent absents des relevés.
Contractuels et non-titulaires
Les agents contractuels de droit public relèvent du régime général et de l’Ircantec, régime complémentaire par points distinct de l’Agirc-Arrco. Une carrière alternant contrats publics et privés cumule donc trois relevés à réconcilier (Cnav, Ircantec, Agirc-Arrco), avant même une éventuelle titularisation.
Cumul emploi-retraite du fonctionnaire
Le retraité de la fonction publique peut reprendre une activité, publique ou privée. Cumul intégral s’il a le taux plein (ou 67 ans) et toutes ses pensions liquidées ; sinon cumul plafonné au tiers de la pension majoré de 8 198,04 € par an en 2026, avec écrêtement au-delà. Les pensions liquidées à partir du 1er janvier 2027 relèveront du nouveau dispositif par tranches d’âge. Voir cumul emploi-retraite.
Rachat d’années d’études
Les fonctionnaires peuvent racheter jusqu’à 12 trimestres d’études supérieures, avec des options propres à la fonction publique (durée d’assurance seule, liquidation seule, ou les deux). Le rachat est déductible du revenu imposable et souvent très rentable pour éviter une décote.
Simulateur : estimez votre pension de fonctionnaire
Traitement indiciaire, services, bonifications et durée d’assurance tous régimes : obtenez en un clic votre taux de liquidation, la décote ou la surcote applicable et votre pension brute et nette estimée, avec le gain de chaque trimestre récupéré.
Simulateur de pension de fonctionnaire 2026
Traitement indiciaire, trimestres de services, bonifications, durée d'assurance tous régimes : le simulateur applique la formule de la fonction publique (75 % du traitement des six derniers mois, décote ou surcote) pour estimer votre pension brute mensuelle.
Estimation indicative. Formule : traitement indiciaire × 75 % × (services + bonifications) ÷ durée requise pour votre génération (169 à 172 trimestres, réforme suspendue jusqu'au 1er janvier 2028), plafonnée à 80 % avec bonifications. Décote de 1,25 % par trimestre manquant (au plus 20), calculée sur le plus petit écart entre la durée d'assurance requise et l'âge d'annulation de la décote ; surcote de 1,25 % par trimestre au-delà de l'âge légal et de la durée requise (au plus 20 trimestres ici, non plafonnée en réalité). Majoration de 10 % pour trois enfants et plus, + 5 % par enfant au-delà (plafonnée au traitement). Pension nette estimée après 9,1 % de CSG, 0,5 % de CRDS et 0,3 % de Casa (taux plein). Le minimum garanti, la nouvelle bonification indiciaire, l'indemnité de sujétions des catégories actives et les particularités des militaires ne sont pas pris en compte. RAFP : cotisation de 10 % (5 % agent + 5 % employeur) sur les primes retenues dans la limite de 20 % du traitement, convertie en points (rendement d'environ 4 % par an), à titre d'ordre de grandeur uniquement.
| Activité(s) professionnelle(s) | Vos régimes de retraite |
|---|---|
| Fonctionnaires de l'Etat (+ de 2 ans) | Les agents titulaires de l'Etat (civils, militaires et magistrats) relèvent du Service des Retraites de l'Etat et du Régime Additionnel de la Fonction Publique (RAFP). |
| Fonctionnaires de l'Etat (- de 2 ans) | Les fonctionnaires ayant été radiés des cadres avec moins de 2 ans de service relèvent du régime général de la Sécurité sociale (CNAV) pour leur retraite de base, de l'IRCANTEC pour leur retraite complémentaire, et du Régime Additionnel de la Fonction Publique (RAFP). |
| Fonctionnaires territoriaux et hospitaliers (+ de 2 ans) | Les agents titulaires des collectivités locales et des établissements publics administratifs et hospitaliers relèvent de la Caisse Nationale de Retraites des Agents des collectivités locales (CNRACL) et du Régime Additionnel de la Fonction Publique (RAFP). |
| Fonctionnaires territoriaux et hospitaliers (- de 2 ans) | Les fonctionnaires ayant été radiés des cadres avec moins de 2 ans de service relèvent du régime général de la Sécurité sociale (CNAV) pour leur retraite de base, de l'IRCANTEC pour leur retraite complémentaire, et du Régime Additionnel de la Fonction Publique (RAFP). |
Bon à savoir
Le relevé de carrière d’un fonctionnaire n’existe pas en un seul exemplaire. L’état des services établi par votre employeur, le compte individuel retraite du Service des retraites de l’État ou de la CNRACL, le relevé RAFP et, pour vos années hors fonction publique, les relevés Cnav, Agirc-Arrco et Ircantec doivent tous être exacts et cohérents entre eux. Or chaque changement d’administration, chaque congé, chaque temps partiel est une occasion d’erreur. Une décote de 8 trimestres sur un traitement de 3 000 € coûte 300 € par mois à vie ; un trimestre de bonification oublié en coûte 12 à 15. Le bilan retraite reconstitue l’ensemble, obtient les rectifications et compare vos dates de départ, décote et surcote comprises.
Questions fréquentes sur la retraite des fonctionnaires
Mes primes comptent-elles pour ma retraite ?
Pas pour la pension principale, calculée sur le seul traitement indiciaire. Elles ne sont prises en compte que par la RAFP, dans la limite de 20 % du traitement, ce qui représente en général quelques dizaines d’euros par mois. C’est la principale raison pour laquelle le taux de remplacement réel d’un fonctionnaire à fortes primes est nettement inférieur aux 75 % affichés.
Que se passe-t-il si je change d'indice moins de six mois avant mon départ ?
Le traitement retenu est celui de l’indice détenu depuis au moins six mois à la date de radiation des cadres. Une promotion ou un avancement d’échelon obtenu moins de six mois avant le départ n’est pas pris en compte : il faut alors décaler le départ, ce qui se calcule au trimestre près.
J'ai travaillé dans le privé avant d'être titularisé : comment est-ce pris en compte ?
Ces années donnent lieu à une pension distincte du régime général et de l’Agirc-Arrco, calculée selon leurs règles. Elles comptent aussi dans la durée d’assurance tous régimes qui détermine votre décote ou votre surcote de fonctionnaire. Vérifiez qu’elles apparaissent bien sur votre relevé Cnav : un trimestre manquant vous pénalise deux fois.
Puis-je partir en catégorie active si j'ai changé de poste ?
Oui si vous justifiez de la durée minimale de services actifs (17 ans en général), même si vous occupez désormais un emploi sédentaire : la réforme de 2023 a rendu les droits acquis « portables ». L’âge de départ dépend de votre génération et de la nature des services ; le calcul mérite d’être vérifié, car les administrations ne classent pas toujours correctement les périodes.
Ma pension sera-t-elle réduite si je pars avant d'avoir tous mes trimestres ?
Doublement : par la proratisation (services ÷ durée requise) et par la décote de 1,25 % par trimestre manquant, jusqu’à 25 %. Partir avec 8 trimestres de moins sur un traitement de 3 000 € coûte environ 300 € brut par mois. Attendre l’âge d’annulation de la décote, racheter des trimestres ou retrouver des périodes oubliées sont les trois leviers à comparer.
Quand faut-il faire le bilan ?
Idéalement entre 50 et 55 ans, quand il est encore temps de racheter des trimestres, de choisir un temps partiel surcotisé ou de préparer un changement d’indice. Et dans tous les cas au moins 18 mois avant la date envisagée : les rectifications d’état de services auprès de l’employeur et les demandes de pension (6 mois avant le départ pour l’État) prennent du temps.
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