Cumul emploi-retraite : les règles 2026
et la réforme du 1er janvier 2027
Travailler après la retraite : ce qui est permis, ce qui est plafonné
Le cumul emploi-retraite permet de percevoir ses pensions tout en reprenant une activité, salariée ou indépendante. Le principe est simple, mais les règles ne le sont pas : selon que vous avez ou non le taux plein, que vous reprenez chez votre ancien employeur ou ailleurs, et surtout selon la date à laquelle votre retraite est liquidée, le cumul sera libre, plafonné ou neutralisé. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a en effet réécrit le dispositif pour les pensions prenant effet à partir du 1er janvier 2027.
Avant de choisir entre poursuivre son activité pour obtenir une surcote, partir puis cumuler, ou passer par la retraite progressive, il faut donc chiffrer chaque scénario avec vos vraies données de carrière. C’est précisément l’objet de notre bilan retraite.
En résumé, pour une retraite liquidée avant le 1er janvier 2027 :
– Cumul intégral, sans aucune limite de revenus, si vous avez liquidé toutes vos pensions (base et complémentaires, françaises et étrangères) et si vous avez l’âge légal avec le taux plein, ou 67 ans.
– Cumul plafonné dans tous les autres cas : le total de vos pensions et de vos revenus d’activité ne doit pas dépasser 160 % du SMIC brut (2 916,85 € par mois en 2026) ou votre dernier salaire d’activité, le plus élevé des deux. Au-delà, la pension de base est réduite du montant du dépassement.
– Un délai de 6 mois avant de reprendre chez votre dernier employeur, faute de quoi la pension est suspendue pendant cette période.
– De nouveaux droits uniquement en cumul intégral : une seconde pension, plafonnée à 5 % du plafond de la Sécurité sociale (2 403 € par an en 2026).
Pour une retraite liquidée à partir du 1er janvier 2027, tout dépend de votre âge : cumul neutralisé avant l’âge légal, franchise puis réduction de 50 % entre l’âge légal et 67 ans, cumul libre à partir de 67 ans. Le détail dans les onglets ci-dessous.
Les règles du cumul emploi-retraite, point par point
Quatre onglets pour comprendre ce qui s’applique à vous : les règles actuelles, la réforme 2027, la seconde pension et les particularités des indépendants, des libéraux et des fonctionnaires.
Le cumul intégral : aucune limite de revenus
Vous pouvez cumuler librement pensions et revenus d’activité si vous remplissez toutes les conditions suivantes :
- avoir liquidé l’ensemble de vos pensions de base et complémentaires, auprès de tous les régimes, français comme étrangers, dont vous relevez ;
- avoir atteint l’âge légal de départ et justifier de la durée d’assurance requise pour le taux plein, ou avoir atteint 67 ans, âge du taux plein automatique.
Certaines activités échappent à toute limitation quelle que soit votre situation : activités artistiques, littéraires ou scientifiques, fonctions juridictionnelles, participation à des jurys, assistants maternels, ou encore médecins et infirmiers exerçant en zone sous-dotée.
Le cumul plafonné : un plafond sur le total pensions + revenus
Si une seule condition manque, le cumul est plafonné. Le total de vos pensions (base et complémentaires) et de vos revenus d’activité ne doit pas dépasser le plus élevé de ces deux montants :
- 160 % du SMIC brut, soit 2 916,85 € par mois en 2026 ;
- votre dernier salaire d’activité, calculé sur la moyenne des trois derniers mois précédant la liquidation.
En cas de dépassement, votre pension de base est réduite du montant du dépassement (et non plus suspendue, comme avant 2015). Elle n’est suspendue que si le dépassement est supérieur à la pension elle-même. Les régimes complémentaires appliquent leurs propres règles : l’Agirc-Arrco suspend le versement de la retraite complémentaire lorsque les conditions du cumul intégral ne sont pas réunies.
Le délai de six mois chez votre dernier employeur
Même en cumul intégral, vous ne pouvez reprendre une activité chez votre dernier employeur qu’après un délai de six mois suivant la date d’effet de votre retraite. En cas de non-respect, le versement de la pension est suspendu jusqu’au terme des six mois. Aucun délai n’est imposé si vous reprenez chez un autre employeur ou en indépendant.
La déclaration à vos caisses
Vous devez informer votre caisse de retraite dans le mois qui suit la reprise : nom et adresse de l’employeur, date de reprise, montant des revenus, et la liste de toutes vos pensions. Cette déclaration est indispensable pour que la caisse détermine si vous relevez du cumul intégral ou plafonné, et pour que vos nouvelles cotisations soient correctement prises en compte.
Une réforme pour les retraites liquidées à partir du 1er janvier 2027
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 réécrit le cumul emploi-retraite. Les nouvelles règles s’appliquent aux pensions prenant effet à compter du 1er janvier 2027. Les personnes déjà retraitées, ou dont la retraite est liquidée avant cette date, conservent les règles actuelles : la réforme n’est pas rétroactive. La distinction cumul intégral / cumul plafonné disparaît au profit de trois situations selon votre âge.
Avant l’âge légal : le cumul est neutralisé
Pour ceux qui partent avant l’âge légal (carrière longue, handicap, incapacité, régimes à âge anticipé), tout revenu d’activité réduit la pension dès le premier euro, à hauteur des revenus perçus. Reprendre une activité avant l’âge légal n’aura donc plus d’intérêt financier, hormis les activités exemptées.
Entre l’âge légal et 67 ans : une franchise, puis une réduction de moitié
Une franchise annuelle de revenus d’activité, annoncée autour de 7 000 € par an (montant à confirmer par décret), reste cumulable en totalité avec les pensions. Au-delà, la pension est réduite de 50 % du dépassement. La condition d’avoir liquidé toutes ses pensions demeure : si une retraite, notamment étrangère, n’est pas liquidée, le versement est suspendu. Exemple : 20 000 € de revenus dans l’année, soit 13 000 € au-delà de la franchise, entraîneront une réduction de pension de 6 500 €.
À partir de 67 ans : cumul libre
À partir de l’âge du taux plein automatique, le cumul est intégral, sans plafond, et les cotisations versées ouvrent des nouveaux droits (seconde pension). Le délai de six mois chez le dernier employeur est supprimé.
Ce qu’il faut en retenir
La réforme rend le cumul nettement moins attractif entre l’âge légal et 67 ans, et rend la date de liquidation déterminante : partir en 2026 ou en 2027 ne donne pas les mêmes droits au cumul. Les décrets d’application, attendus fin 2026, fixeront le montant exact de la franchise et les modalités pratiques ; nous mettrons cette page à jour dès leur publication.
Des cotisations qui ouvrent enfin des droits
Jusqu’à la réforme de 2023, les cotisations versées après la liquidation de la retraite étaient perdues. Depuis le 1er septembre 2023, les périodes travaillées en cumul emploi-retraite depuis le 1er janvier 2023 permettent d’acquérir de nouveaux droits, sous forme d’une seconde pension versée par chacun des régimes concernés.
Les conditions
- Relever du cumul intégral : en cumul plafonné, les cotisations restent dues mais n’ouvrent aucun droit.
- Avoir respecté le délai de six mois en cas de reprise chez le dernier employeur.
- Demander la seconde pension lors de la cessation définitive de l’activité : elle n’est liquidée qu’une seule fois par régime, et les périodes travaillées ensuite ne créent plus de droits.
Le calcul et le plafond
La seconde pension de base est calculée sur les seuls revenus de la période de cumul, au taux plein quelle que soit votre durée d’assurance, mais sans surcote, sans majoration pour enfants ni minimum contributif. Elle est plafonnée à 5 % du plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 2 403 € par an en 2026 (environ 200 € par mois). Sa valeur reste donc modeste : c’est un complément, pas un levier d’optimisation.
Et l’Agirc-Arrco ?
Les partenaires sociaux ont aligné la retraite complémentaire des salariés : en cumul intégral, les points acquis depuis le 1er janvier 2023 donnent lieu à une seconde retraite complémentaire, liquidée elle aussi à la cessation d’activité. En cumul plafonné, aucun point n’est attribué.
Après 2027
Pour les retraites liquidées à partir du 1er janvier 2027, seules les périodes travaillées à partir de 67 ans ouvriront des droits à seconde pension. Entre l’âge légal et 67 ans, les cotisations resteront dues sans contrepartie.
Artisans et commerçants (SSI)
Les conditions du cumul intégral sont les mêmes que pour les salariés. En cumul plafonné, le revenu professionnel de la nouvelle activité ne doit pas dépasser la moitié du plafond de la Sécurité sociale, soit 24 030 € par an en 2026, porté au plafond entier (48 060 €) en zone de revitalisation rurale ou en quartier prioritaire. En cas de dépassement, la pension est réduite à due concurrence.
Professions libérales (CNAVPL et sections)
En cumul plafonné, les revenus de l’activité libérale ne doivent pas dépasser le plafond de la Sécurité sociale, soit 48 060 € par an en 2026. Chaque section professionnelle (Carpimko, Carmf, Cipav, Cavec…) applique ses propres modalités de contrôle et de réduction, et les régimes complémentaires peuvent suspendre le versement. Les médecins et infirmiers en zone sous-dotée bénéficient d’une exemption de plafond.
Fonctionnaires
Les règles sont proches de celles du régime général : cumul intégral avec taux plein ou à 67 ans, sinon plafond égal au tiers de la pension majoré de 8 198,04 € par an (montant au 1er janvier 2026), avec écrêtement de la pension en cas de dépassement. La reprise dans le secteur public comme dans le secteur privé est possible. Les pensions liquidées à partir de 2027 relèveront du nouveau dispositif par tranches d’âge.
Retraite progressive : l’alternative avant le départ
Si votre objectif est de lever le pied plutôt que de cumuler après le départ, la retraite progressive permet, dès 60 ans, de percevoir une fraction de la pension tout en continuant à cotiser à taux plein sur l’activité conservée. Elle n’est pas concernée par la réforme 2027 du cumul et reste souvent plus favorable qu’un cumul plafonné.
Simulateur : votre cumul emploi-retraite sera-t-il libre, plafonné ou réduit ?
Renseignez votre situation et comparez en un clic les deux cadres juridiques : celui des retraites liquidées avant 2027 et celui de la réforme. Le résultat vous indique le régime applicable, le plafond ou la franchise, la réduction éventuelle de pension et le revenu total que vous conservez.
Simulateur de cumul emploi-retraite 2026 / 2027
Indiquez votre situation : le simulateur détermine si votre cumul est intégral, plafonné ou neutralisé, chiffre la réduction éventuelle de pension et le revenu total conservé, selon que votre retraite est liquidée avant ou à partir du 1er janvier 2027.
Estimation indicative, paramètres 2026 : SMIC brut mensuel 1 823,03 € (160 % = 2 916,85 €), plafond de la Sécurité sociale 48 060 €, seconde pension plafonnée à 5 % du PASS (2 403 € par an). Règles 2027 issues de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 : franchise annuelle annoncée à 7 000 € (montant à confirmer par décret), réduction de 50 % au-delà entre l'âge légal et 67 ans, neutralisation avant l'âge légal. La réduction s'applique à la pension de base ; les régimes complémentaires peuvent suspendre leur versement en cumul plafonné. Salariés du régime général uniquement.
Bon à savoir
Surcote, cumul ou retraite progressive : la date de départ fait tout. Continuer à travailler sans liquider sa retraite rapporte une surcote de 1,25 % par trimestre au-delà du taux plein, définitive et revalorisée chaque année. Liquider puis cumuler rapporte tout de suite une double rémunération, mais fige la pension et, en cumul plafonné ou après 2027 entre l’âge légal et 67 ans, peut en réduire une partie. Pour une même personne, l’écart entre les deux stratégies se compte souvent en dizaines de milliers d’euros sur la durée de la retraite. Et pour ceux qui remplissent les conditions fin 2026, une liquidation avant le 1er janvier 2027 conserve définitivement les règles actuelles du cumul, plus favorables. Ce sont exactement ces scénarios que nous chiffrons, à partir de votre relevé de carrière, dans le bilan retraite à 450 €.
Questions fréquentes sur le cumul emploi-retraite
Je suis déjà à la retraite : la réforme de 2027 me concerne-t-elle ?
Non. Les nouvelles règles ne s’appliquent qu’aux pensions prenant effet à compter du 1er janvier 2027. Si votre retraite est déjà liquidée, ou l’est avant cette date, vous conservez le cadre actuel : cumul intégral sans limite si vous avez le taux plein et toutes vos pensions liquidées, cumul plafonné sinon, et seconde pension pour les périodes de cumul intégral. Le seul point d’attention concerne d’éventuelles retraites non encore liquidées, notamment étrangères.
Je pars en 2027 avec le taux plein, avant 67 ans : puis-je cumuler librement ?
Plus tout à fait. Avoir le taux plein ne suffira plus : entre l’âge légal et 67 ans, vos revenus d’activité ne seront cumulables en totalité que jusqu’à une franchise annuelle, annoncée autour de 7 000 €, puis votre pension sera réduite de la moitié du dépassement. Le cumul intégral n’existera qu’à partir de 67 ans. Si vous remplissez les conditions avant fin 2026, un départ en 2026 peut être plus avantageux qu’en 2027 : à chiffrer précisément.
Mon cumul est plafonné : la réduction porte-t-elle sur toutes mes pensions ?
Le plafond (160 % du SMIC ou votre dernier salaire) se calcule sur le total de toutes vos pensions et de vos revenus, mais la réduction s’applique à la pension de base du régime général, à hauteur du dépassement. L’Agirc-Arrco, de son côté, suspend le versement de la retraite complémentaire tant que les conditions du cumul intégral ne sont pas réunies. Dans certains cas, le cumul plafonné coûte donc plus qu’il ne rapporte.
Je veux reprendre chez mon ancien employeur : quelles conditions ?
Un délai de six mois après la date d’effet de votre retraite est obligatoire, y compris en cumul intégral. Si vous reprenez avant, le versement de votre pension est suspendu jusqu’au terme des six mois. Aucun délai n’est imposé chez un autre employeur, en portage ou en indépendant. Ce délai est supprimé pour les retraites liquidées à partir de 2027.
Combien vaut la seconde pension, et comment la demander ?
Elle est calculée au taux plein sur les seuls revenus de la période de cumul intégral, sans surcote ni majoration, et plafonnée à 5 % du plafond de la Sécurité sociale, soit 2 403 € par an en 2026. Elle se demande auprès de chaque régime au moment où vous cessez définitivement votre activité, et ne peut être liquidée qu’une fois. Concrètement, une année à 30 000 € brut en cumul intégral rapporte de l’ordre de 60 € par mois de pension de base supplémentaire, dans la limite du plafond.
Cumul emploi-retraite ou retraite progressive : que choisir ?
La retraite progressive intervient avant le départ définitif : dès 60 ans, à temps partiel, vous touchez une fraction de vos pensions tout en continuant à acquérir des droits complets sur l’activité conservée. Le cumul emploi-retraite intervient après la liquidation, avec une pension figée. Pour une personne qui n’a pas encore le taux plein, la retraite progressive est presque toujours plus favorable qu’un cumul plafonné. Pour une personne au taux plein qui veut garder une activité, le cumul intégral reste intéressant, surtout s’il est engagé avant 2027. Le bilan retraite compare les deux sur vos chiffres.
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