Retraite des indépendants :
artisans, commerçants, libéraux et micro-entrepreneurs

Une carrière d'indépendant se lit rarement sur un seul relevé

Un indépendant cotise moins qu’un salarié, et surtout différemment : régime de base aligné ou par points, complémentaire propre à chaque profession, assiette calculée après abattement, chiffre d’affaires à convertir en revenu pour la micro-entreprise. Le résultat, c’est une pension souvent inférieure aux attentes et des relevés de carrière incomplets : années de création à revenu nul, cotisations de début d’activité mal reportées, passage du RSI à la Sécurité sociale des indépendants, changement de statut ou de caisse.

La plupart des indépendants sont en outre polypensionnés : salariés avant de créer, gérants assimilés salariés puis TNS, ou libéraux ayant exercé sous plusieurs formes. Chaque régime calcule sa part avec ses propres règles, et personne ne fait la synthèse à votre place. C’est précisément le travail du bilan retraite : reconstituer l’ensemble, corriger, puis chiffrer la meilleure stratégie de départ.

Votre régime, vos règles : ce qu'il faut savoir statut par statut

Quatre onglets pour comprendre comment se calcule votre retraite selon votre statut, et où se cachent les erreurs les plus fréquentes.

Un régime de base aligné sur celui des salariés

Depuis l’intégration du RSI au régime général (2018-2020), la retraite de base des artisans, commerçants et industriels est gérée par l’Assurance retraite et calculée comme celle des salariés : revenu annuel moyen des 25 meilleures années (dans la limite du plafond de la Sécurité sociale, 48 060 € en 2026) × 50 % au taux plein × trimestres ÷ durée requise. Un trimestre est validé par tranche de 1 803 € d’assiette, 4 trimestres à partir de 7 212 €.

Une assiette réduite depuis 2025

La réforme de l’assiette des indépendants applique un abattement forfaitaire de 26 % sur le revenu avant calcul des cotisations sociales. Conséquence : le revenu retenu pour vos trimestres et votre pension est inférieur à votre bénéfice. En 2026, les cotisations retraite s’élèvent à 17,87 % de cette assiette jusqu’au plafond (+ 0,72 % au-delà) pour la base, et 8,1 % (puis 9,1 % de 1 à 4 PASS) pour la complémentaire.

La complémentaire RCI, par points

La retraite complémentaire des indépendants (RCI) attribue des points en fonction des cotisations versées ; la pension complémentaire = points × valeur de service. Les points acquis dans les anciens régimes (artisans avant 2013, commerçants) ont été convertis : c’est un point de contrôle important, les conversions comportent des erreurs.

Les erreurs les plus fréquentes

  • Années de création à revenu faible ou nul : trimestres non validés, alors qu’un rachat ou une régularisation de cotisations est parfois possible.
  • Cotisations minimales : elles garantissent 3 trimestres par an (assiette minimale de 450 SMIC horaire), pas 4.
  • Périodes de déficit ou de redressement : cotisations non appelées ou non réglées, donc trimestres absents.
  • Conjoint collaborateur non déclaré, ou déclaré tardivement.
  • Bascule RSI → SSI → Assurance retraite : lignes de carrière dédoublées, années manquantes, points RCI non repris.

Deux régimes par points, une caisse par profession

Les professions libérales relèvent de la CNAVPL pour la retraite de base et de l’une de ses dix sections pour la complémentaire : Carmf (médecins), CARCDSF (chirurgiens-dentistes, sages-femmes), CAVP (pharmaciens), Carpimko (infirmiers, kinés, orthophonistes…), CARPV (vétérinaires), Cavec (experts-comptables), Cavamac (agents généraux), CAVOM (officiers ministériels), CRN (notaires) et Cipav (architectes, ingénieurs, psychologues, consultants…). Les avocats dépendent de la CNBF. Le tableau plus bas indique votre caisse.

Le régime de base CNAVPL

Les cotisations (8,23 % du revenu jusqu’au plafond, + 1,87 % jusqu’à 5 plafonds) sont converties en points : 525 points pour un revenu égal au PASS sur la première tranche, 25 points au maximum sur la seconde. Les trimestres sont validés selon la même règle que les salariés (1 803 € par trimestre). La pension de base = points × valeur du point, avec décote ou surcote selon la durée d’assurance tous régimes.

La complémentaire : là où tout se joue

Chaque section a son propre barème de cotisations (par classes chez la Carmf ou la Cavec, proportionnel à la Cipav : 11 % jusqu’au PASS, 21 % au-delà), sa propre valeur de point, ses propres règles de rachat, de réversion et de cumul emploi-retraite. La complémentaire représente souvent plus de la moitié de la pension d’un libéral, et ses relevés ne figurent pas toujours sur info-retraite.fr avec le même niveau de détail.

Points de vigilance

  • Périodes d’exercice sous plusieurs statuts (remplaçant, collaborateur, associé de SEL) mal affectées.
  • Années de début d’activité en cotisation forfaitaire, faiblement créatrices de points.
  • Classes de cotisation choisies par défaut, sans arbitrage entre coût et points acquis.
  • Pour les professions de santé, le régime ASV / PCV (prestations complémentaires de vieillesse) financé en partie par l’assurance maladie, souvent oublié dans les estimations.

Du chiffre d’affaires au revenu retenu

En micro-entreprise, les cotisations sont calculées sur le chiffre d’affaires, mais vos droits à la retraite le sont sur le revenu après abattement forfaitaire : 71 % pour la vente et l’hébergement, 50 % pour les prestations de services BIC, 34 % pour les activités libérales BNC. C’est ce revenu retenu qui valide les trimestres (1 803 € par trimestre en 2026) et qui entre dans le calcul de vos 25 meilleures années.

Les seuils de chiffre d’affaires 2026 pour valider 4 trimestres

  • Vente de marchandises, hébergement : environ 24 900 € de chiffre d’affaires (6 220 € par trimestre).
  • Prestations de services BIC : environ 14 400 € (3 610 € par trimestre).
  • Activités libérales BNC : environ 10 900 € (2 730 € par trimestre).

Un micro-entrepreneur qui déclare 20 000 € de prestations de services valide donc ses 4 trimestres, mais avec un revenu retenu de seulement 10 000 € : la pension de base apportée par cette année est de l’ordre de 200 € par an.

Cotisations et complémentaire

Le forfait micro-social (12,3 % vente, 21,2 % services, 26,1 % BNC en 2026) couvre toutes les branches, retraite de base et complémentaire comprises, sans que la part retraite soit détaillée. Les activités libérales non réglementées créées depuis 2018 relèvent du régime général et de la RCI ; celles créées avant restent à la Cipav, sauf option. L’exonération ACRE réduit les cotisations la première année sans réduire les droits.

Points de vigilance

  • Chiffre d’affaires nul ou déclarations tardives : aucune validation, sans rattrapage possible.
  • Cumul micro-entreprise et salariat : les trimestres ne s’additionnent pas au-delà de 4 par an, mais les revenus se cumulent pour le SAM.
  • Option pour le versement libératoire : sans effet sur la retraite, mais souvent confondue avec les cotisations.

Polypensionné : plusieurs régimes, plusieurs calculs

Salarié puis artisan, libéral puis gérant de société, fonctionnaire puis consultant : la plupart des indépendants ont cotisé à plusieurs régimes. Chacun verse sa pension selon ses règles, mais tous se réfèrent à la même durée d’assurance totale pour le taux plein. Depuis 2017, la liquidation unique (LURA) fusionne les carrières du régime général, des salariés agricoles et de la SSI : un seul calcul, un seul SAM, une seule caisse, ce qui change parfois nettement le montant par rapport à deux pensions séparées.

Dirigeants : TNS ou assimilé salarié

Le gérant majoritaire de SARL et l’entrepreneur individuel cotisent en TNS ; le président de SAS et le gérant minoritaire sont assimilés salariés (régime général + Agirc-Arrco). Pour une même rémunération, le TNS cotise moins et acquiert moins de droits ; l’assimilé salarié cotise davantage et construit une complémentaire par points plus élevée. Les dividendes ne valident aucun trimestre dans les deux cas. Ce choix se chiffre : voir salaire ou dividendes, TNS ou assimilé salarié.

Les leviers propres aux indépendants

  • Rachat de trimestres pour les années de création ou d’études, déductible du revenu imposable.
  • Rachat spécifique des années d’activité indépendante incomplètes (« rachat Madelin » des trimestres) pour les artisans et commerçants, à des conditions plus avantageuses que le rachat classique.
  • Retraite progressive dès 60 ans, avec une baisse de revenus de 20 à 60 %, pour préparer la transmission de l’entreprise.
  • Cumul emploi-retraite après la cession, dans la limite de 50 % du PASS en cumul plafonné pour les artisans et commerçants, du PASS pour les libéraux.
  • Conjoint collaborateur : affiliation obligatoire, droits propres à vérifier, rachat possible des périodes non déclarées.

Simulateur : que vaut votre année d'indépendant pour la retraite ?

Artisan, libéral ou micro-entrepreneur : indiquez votre revenu ou votre chiffre d’affaires et découvrez combien de trimestres vous validez, ce que vous cotisez et ce que l’année ajoute réellement à votre pension de base.

Simulateur : trimestres, cotisations et droits de votre année d'indépendant (2026)

Choisissez votre statut et indiquez votre revenu ou votre chiffre d'affaires : le simulateur estime les trimestres validés, les cotisations retraite et ce que l'année apporte à votre future pension de base.

Bénéfice retenu par l'Urssaf, avant l'abattement de 26 %.
–trimestre(s) validé(s) cette année
–de cotisations retraite estimées
–de revenu retenu pour le calcul de la pension
–de pension de base par an, apportés par cette année

Estimation indicative, paramètres 2026 : trimestre validé par tranche de 1 803 € d'assiette (4 trimestres à 7 212 €), plafond de la Sécurité sociale 48 060 €. TNS au réel : assiette = revenu après abattement de 26 %, retraite de base 17,87 % jusqu'au PASS (+ 0,72 % au-delà), complémentaire RCI 8,1 % jusqu'au PASS et 9,1 % de 1 à 4 PASS. Libéraux : base CNAVPL 8,23 % jusqu'au PASS + 1,87 % jusqu'à 5 PASS, complémentaire selon la section (Cipav : 11 % jusqu'au PASS, 21 % au-delà, dans les limites du régime). Micro-entrepreneurs : revenu = chiffre d'affaires après abattement forfaitaire (71 % vente, 50 % services, 34 % BNC), cotisations sociales globales 12,3 % / 21,2 % / 26,1 % (part retraite non isolée). La pension de base est estimée en supposant l'année retenue parmi les 25 meilleures et un départ au taux plein ; les régimes complémentaires par points ne sont pas convertis en pension.

Principales caisses de retraite en France
Régime / Caisse Pour qui ? Type
Cnav Salariés du privé Base
Agirc-Arrco Salariés du privé Complémentaire obligatoire
MSA Exploitants & salariés agricoles Base + complémentaire intégrée
SRE + RAFP Fonctionnaires d'État Base (SRE) + Complémentaire (RAFP)
CNRACL Fonction publique territoriale & hospitalière Base + complémentaire intégrée
IRCANTEC Contractuels du public Complémentaire
SSI (ex-RSI) Indépendants (artisans, commerçants...) Base + complémentaire propre
CNAVPL / CARMF / CARPIMKO... Professions libérales Base + complémentaire par profession
Logos caisses de retraite pour indépendants
Tableau des régimes de retraite
Activité(s) professionnelle(s) Vos régimes de retraite
Avocats Ces professionnels relèvent de la Caisse Nationale des Barreaux Français (CNBF).
Notaires Ces professionnels relèvent de la Caisse de Retraite des Notaires (CRN).
Huissiers de justice, commissaires-priseurs judiciaires, administrateurs judiciaires, greffiers auprès des Tribunaux de commerce Ces professionnels relèvent de la Caisse d'Assurance Vieillesse des Officiers Ministériels, des officiers publics et des compagnies judiciaires (CAVOM).
Médecins Ces professionnels relèvent de la Caisse Autonome de Retraite des Médecins de France (CARMF).
Chirurgiens-dentistes Ces professionnels relèvent de la Caisse Autonome de Retraite des Chirurgiens-Dentistes et des Sages-Femmes (CARCDSF).
Pharmaciens, Pharmaciens directeurs de laboratoires d'analyses sous convention non médecins Ces professionnels relèvent de la Caisse d'Assurance Vieillesse des Pharmaciens (CAVP).
Sages-femmes Ces professionnels relèvent de la Caisse Autonome de Retraite des Chirurgiens-Dentistes et des Sages-Femmes (CARCDSF).
Infirmiers, Masseurs kinésithérapeutes, Pédicures-podologues, Orthophonistes, orthoptistes Ces professionnels relèvent de la Caisse Autonome de Retraite et de Prévoyance des Infirmiers, Masseurs-Kinésithérapeutes, Pédicures-Podologues, Orthophonistes et Orthoptistes (CARPIMKO).
Vétérinaires Ces professionnels relèvent de la Caisse Autonome de Retraite et de Prévoyance des Vétérinaires (CARPV).
Agents généraux d'assurance Ces professionnels relèvent de la Caisse d'Allocation Vieillesse des Agents généraux d'assurance (CAVAMAC).
Experts-comptables, commissaires aux comptes Ces professionnels relèvent de la Caisse d'Allocation Vieillesse des Experts-comptables et des Commissaires aux comptes (CAVEC).
Architectes, ingénieurs, techniciens, géomètres, psychologues, diététiciens, activités artistiques (hors créations originales), activités de conseil, hôtesses, attachés de presse etc. Ces professionnels relèvent de la Caisse Interprofessionnelle de Prévoyance et d'Assurance Vieillesse (CIPAV).
Artistes auteurs d'œuvres originales Ces professionnels relèvent, pour leur retraite de base, du régime général de la Sécurité sociale (CNAV). La retraite complémentaire est gérée par l'Institution de Retraite Complémentaire de l'Enseignement et de la Création (IRCEC).

Bon à savoir

Le piège des « bonnes années » qui n’en sont pas. Un indépendant raisonne en chiffre d’affaires ou en bénéfice ; les caisses raisonnent en assiette après abattement, plafonnée au PASS. Une année à 90 000 € de bénéfice et une année à 65 000 € apportent exactement la même pension de base : la différence ne se retrouve que dans la complémentaire par points. À l’inverse, une année de démarrage à 5 000 € compte parmi vos 25 meilleures si votre carrière est courte, et tire la moyenne vers le bas. C’est pour cela que la stratégie d’un indépendant (niveau de rémunération, statut, rachat des années creuses, date de cession) doit être pensée avec les règles de la retraite en tête, et pas seulement avec celles de la fiscalité. Le bilan retraite reconstitue vos régimes, corrige les relevés et chiffre chaque option.

Questions fréquentes sur la retraite des indépendants

Pas nécessairement. Si vous avez réglé des cotisations, même minimales, elles doivent figurer sur votre relevé : une demande de régularisation auprès de l’Assurance retraite, avec vos avis d’appel de cotisations ou vos déclarations de revenus, permet de les faire reporter. Si le revenu était trop faible pour valider 4 trimestres, un rachat au titre des années incomplètes reste possible, à un tarif plus avantageux pour les artisans et commerçants que le rachat classique.

Oui. La bascule (2018-2020) a généré des relevés incomplets : périodes dédoublées ou manquantes, points de l’ancien régime complémentaire non convertis en points RCI, revenus reportés sur la mauvaise année. Comparez votre relevé actuel avec vos anciens relevés RSI et vos déclarations de revenus année par année.

En 2026, environ 24 900 € de chiffre d’affaires en vente, 14 400 € en prestations de services BIC et 10 900 € en activité libérale BNC. En dessous, vous validez 1, 2 ou 3 trimestres au prorata. Le simulateur ci-dessus vous donne le chiffre exact pour votre situation.

À revenu égal, souvent oui pour la base, car les cotisations sont plus faibles ; la différence se joue sur la complémentaire de votre section, dont les rendements varient fortement d’une profession à l’autre. Certaines sections (Carmf, Cavec) proposent des classes de cotisation optionnelles : le bon choix, pris tôt, pèse plusieurs centaines d’euros par mois sur la pension.

Pour la base, non si vos deux carrières relèvent de régimes alignés (régime général et SSI) : la liquidation unique fusionne les deux en une seule pension, calculée sur les 25 meilleures années toutes activités confondues. Vous percevrez en revanche des complémentaires distinctes (Agirc-Arrco et RCI). Si vous avez été libéral ou fonctionnaire, chaque régime verse sa propre pension.

Idéalement deux à trois ans avant la cession envisagée. C’est le temps nécessaire pour régulariser les relevés, décider d’un rachat de trimestres, arbitrer entre retraite progressive, cumul emploi-retraite et poursuite d’activité, et caler la date de départ sur celle de la vente. Un bilan réalisé après la liquidation ne peut plus rien corriger.

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